POOL ART FAIR GUADELOUPE 2026
26 au 28 juin 2026
En 2026, j’ai participé à la POOL ART FAIR GUADELOUPE aux côtés de Shamika Germain Gelas, où j’ai présenté plusieurs œuvres de ma série Kô pyé bwa.
Kô pyé bwa — « corps d’arbre » — est une série née d’une rencontre. Une rencontre avec un arbre, mais surtout avec une présence. En 2016, lors d’une randonnée à Bras-David, sur la route de la Traversée en Guadeloupe, je découvre un Acomat boucan majestueux. Face à lui, quelque chose se produit que je ne parviens pas immédiatement à expliquer : l’impression d’être appelé, invité à entrer en relation avec cet être vivant qui semblait m’attendre.
Depuis cette rencontre, l’arbre a progressivement pris une place centrale dans ma pratique.
Il n’est plus pour moi un simple motif. Il devient un interlocuteur, un témoin, un gardien et parfois même un ancêtre. Il porte une mémoire qui dépasse celle de l’homme. Il était là avant nous et sera peut-être encore là après nous. Il a vu passer les générations, les transformations du territoire, les violences de l’histoire et les résistances de ceux qui l’habitent.
À travers Kô pyé bwa, je cherche ainsi à déplacer le regard que nous portons sur le vivant. Il ne s’agit plus seulement de représenter la nature, mais de tenter de faire parler ce qui, habituellement, demeure silencieux.
L’arbre devient alors un corps. Un corps enraciné, traversé de cicatrices, de ramifications et de mémoires. Ses racines évoquent les liens invisibles qui nous unissent à un territoire et à ceux qui nous ont précédés. Ses branches racontent le mouvement, la transmission et la capacité à résister.
Cette relation entre l’humain et le végétal résonne particulièrement dans le contexte caribéen. En Guadeloupe, la forêt, la mangrove, les racines et les lianes ne sont pas de simples paysages. Elles sont aussi des espaces d’histoire, de refuge et de résistance. Elles portent la mémoire d’un territoire marqué par la conquête, l’esclavage et la colonisation, mais aussi par les stratégies de fuite, de solidarité et de reconstruction associées au marronnage.
C’est dans cette perspective que la notion de lyannaj prend tout son sens dans mon travail : être relié, faire réseau, s’entremêler pour mieux résister. À l’image des arbres dont les racines et les réseaux souterrains construisent des formes de coopération invisibles, le vivant nous rappelle que l’existence n’est jamais complètement individuelle.
Kô pyé bwa est aussi une manière de questionner notre héritage et notre imaginaire. Mon parcours artistique a été profondément marqué par des représentations occidentales de la nature, du paysage et du vivant. Il me paraît aujourd’hui nécessaire de déplacer ces imaginaires, de les confronter à mon propre territoire et à ses histoires, afin de faire émerger d’autres manières de regarder, d’habiter et de penser le monde.
L’utilisation d’éléments issus du vivant dans mes œuvres participe de cette démarche. Écorces, racines, épines et autres fragments végétaux ne sont pas de simples matériaux : ils portent leur propre histoire. Les intégrer à l’œuvre, c’est leur offrir une seconde vie tout en laissant leur présence et leur mémoire agir dans l’espace pictural.
Présenter Kô pyé bwa à la POOL ART FAIR GUADELOUPE 2026, aux côtés de Shamika Germain Gelas, a donc été pour moi une nouvelle manière de faire circuler cette parole.
Une parole qui ne vient pas seulement de l’artiste.
Une parole qui vient du territoire, de la forêt, des arbres et de tout ce qui relie l’humain au vivant.
Kô pyé bwa.
Le corps de l’arbre.
Et peut-être, aussi, notre propre corps : celui d’un être vivant qui cherche encore à comprendre qu’il n’est pas séparé du monde qu’il habite.


