EnglishFrenchSpanish

Mythologie modernes

Du 07 au 29 juillet 2017

Bestiaire, peinture acrylique, pierre noire, comix, mutant, Tableau, art contemporain, Samuel GELASNos très chères bêtes

 

 « Chercher ne signifie rien en peinture, ce qui compte, c’est trouver. »

                                           Pablo Picasso

 

Dans cette ronde des êtres vivants, mi-homme mi-animal, de corps d’enfants, de jeunes du ghetto ou de danseur de Gwo ka, tous portent haut et pour têtes un véritable bestiaire local et international. Comme dans les contes ou dans certaines paraboles, il y a un personnage principal, voire deux ou trois, posté en mode plein cadre dans l’œuvre. Là, se trouvent quelque(s) histoire(s) que le jeune plasticien Samuel Gelas appelle de son trait au crayon noir, grâce aux encres colorées et à des aplats savamment disposés sur le papier au format raisin, ou sur la toile.

 

 

 

 

L’artiste questionne ici la nature humaine dans ses moindres renfoncements et sa galerie de portraits hybrides témoigne de l’imaginaire créole, post-esclavagiste, de celui des descendants de Cham et d’un peu partout sur la terre. Véritable enquête plastique sur les « Mythologies modernes », cette exposition poétique et lucide relate une transmutation qui invite à considérer, à envisager la mémoire et demain tout autrement. Vénérée dans l’Egypte ancienne sous le nom de Bastet et jusqu’à cette « Cat Woman aux souris » qui annonce l’exposition, la séduisante déesse à tête de chat, sainte, protectrice des femmes et des enfants détient ce pouvoir magique qui stimule l’envie de trouver, découvrir et de mieux discerner.

 

 

 

Pour sa quatrième exposition individuelle après Spécimen, Négricide et Hybride Samuel Gelas investit l’espace de l’Atelier-Galerie Nankin, ouvert en 2014 par Joël Nankin dans leur commune de Morne-à-l’Eau. Aux cimaises se présentent un clin d’œil au Minautore, à d’autres créatures fantastiques ou antiques qui peuplent l’histoire de l’art et des croyances ; le travail combatif de Samuel Gelas décortique ces rapports complexes qu’entretiennent l’homme, l’animal et la nature dans ce siècle XXI. La thérianthropie, la culture populaire, les zombies, le cinéma, internet, les jeux vidéo, les mangas, tout encourage à approfondir, à nous faire creuser pour mieux saisir cette société, grâce aux propositions artistiques :

« L’art, c’est la plus sublime mission de l’homme, puisque c’est l’exercice de la pensée qui cherche à comprendre ce monde et à le faire comprendre »

                                                                                                                              Rodin.

 

 

 

Reprenant des formes anciennes et des pratiques contemporaines, le jeune Gelas propose un panthéon singulier « mi-animal mi-humain » non dépourvu d’humour et parfois même de malice, quand il use d’un jeu de couleurs qui rappelle celles de la publicité. Le côté théâtral de sa peinture s’inspire de la rue et du net, des images de lions, chats, souris, chiens, cerfs, boucs et autres lapins compères, de tous ces nouveaux codes à scruter, étudier, fouiller et à explorer.

 

 

Ces « Mythologies modernes » identifiées et distinguées par le plasticien constituent une chronique pertinente de son temps. Sublimer des choses parfois ordinaires ou dramatiques pour aller jusqu’au bout de la réflexion, c’est ce que l’artiste entreprend et ose. Dans la galaxie de Samuel, le trait de crayon figuratif et les aplats soulignent, accentuent et appuient sur le caractère fabuleux, parfois chimérique de ces êtres fictifs, mais si proches de ce que donne à voir la société du spectacle et des écrans.

 

Quelques œuvres issues de l’exposition intitulée Négricide, présentée à Paris à la Galerie LJ en 2016 viennent agrémenter les propositions de Samuel Gelas, unissant le tout à des pans de notre patrimoine historique et culturel guadeloupéen, avec la mulâtresse Solitude, héroïne de 1802, une charrette à boeufs et des tambours maniés dans le Gwo ka, aujourd’hui reconnu au patrimoine mondial.

 

Samuel GELAS, Peinture acrylique, Pierre noire, Art contemporain, Tableaux

 

Samuel Gelas a trouvé son identité picturale et continue à développer son propre style, identifiable au premier regard, bien dans l’esprit et la connaissance de son époque. Les œuvres de ce jeune trentenaire interrogent notre destinée en tant qu’espèce animale, mais par là même aussi, les rapports qui nous unissent avec la nature, tout comme nos incidences sur les autres espèces et leurs biotopes. La peinture, le dessin et la force d’élaboration des combinaisons chez Gelas donnent à son œuvre un caractère insolite et chaque posture, chaque costume, chaque geste animal finit par nous entraîner dans un scénario de fiction qui nous concerne, regarde, touche, renvoie à quelque chose de vécu qui peut même faire sourire.

 

 

 

© Nathalie Hainaut

Critique d’art

Juin 2017