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Joëlle FERLY

 

 

 

 

Joëlle Ferly propose un travail riche de questionnements sur le monde. Durant ses études à Londres, elle se spécialise en photographie. C’est par ce médium quelle va témoigner de la condition des Noirs qui arrivent dans des grandes villes comme Paris et Londres. Elle capte son quotidien, se met en scène.

 

Elle produira une série de photographies intitulée Be European qui sera le résultat de ce questionnement, au Québec. La performance est déjà présente dans son travail, mais sous la forme de photographies, depuis 1999. Comme la loi l’exige en Grande-Bretagne, elle doit, comme tous les immigrés, remplir des questionnaires d’identification pour ses activités sociales.

 

Elle se rend compte, un jour, quelle est conviée à certains entretiens d’embauche, non pas pour la qualité de son travail, mais pour justifier des quotas auxquels sont soumis les entreprises. Elles ont l’obligation de convier des minorités aux entretiens, mais pas de les embaucher. Ayant subi directement cette mascarade, Joëlle Ferly est révoltée et décide de répliquer artistiquement.

 

Elle produit une vidéo intitulée Please Please Pass the Dark Chocolate Over, Before I Commit Suicide (2006 – 2007). Une succession de plans cloisonnant notre regard entre dans les lignes des cases noires et blanches des formulaires d’identité. Des cases normatives pour décliner son identité auxquelles elle refuse de se plier.

 

Après s’être spécialisée en photographie, Joëlle Ferly apprend que sa vue baisse et qu’elle ne retrouvera jamais plus son acuité visuelle. Au lieu d’y voir un drame, elle y voit plutôt une opportunité pour se mettre à distance de l’image et inscrire sa pratique dans l’expérience du corps dans sa totalité. C’est ainsi qu’elle passe de la pratique de la photographie, à la vidéo puis à la performance.

 

Elle s’inscrit volontiers, à la suite du travail de Marina Abramovic. Pour elle, « la performance est la forme la plus poussée de l’art contemporain. Elle met l’artiste à nu, en lui demandant d’être intègre. » La pratique artistique de Joëlle Ferly est un savant mélange entre absurde, humour et concept. Le propos abandonne le superflu esthétique, pour gagner en pertinence.

 

 

 

Lors de l’ouverture de l’exposition Échos Imprévus, au Mémorial ACTe, en 2016, elle pointe le doigt sur la banalisation de la violence, en rebondissant sur le meurtre d’un lycéen qui refusait de donner son téléphone portable : « Is this Smart 2 kill someone 4 a mobile phone ? ». Elle répètera cette phrase pendant plusieurs minutes, en se mettant dans la peau de la mère de cet adolescent.