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Bruno PEDURAND

ARTISTE PLASTICIEN

 

 

 

 

 

 

 

 

Bruno Pédurand a mis longtemps à reconnaître ses penchants pour les arts plastiques. Il s’était consacré aux langues et à la littérature jusqu’à ce que, heureusement, il définisse rapidement son destin et réoriente le cours de sa carrière. En 1990, il obtient son diplôme des Beaux-Arts à l’Institut régional d’Art visuel de Martinique (IRAV), où il enseigne actuellement. Des années plus tard, en 2000, il est accueilli en résidence d’artiste à la Cité internationale des Arts à Paris. Selon Simon Njami et Joëlle Busca, la rencontre avec la peinture a provoqué en Pédurand un choc culturel, mais aussi émotionnel et social, et ceci a été décisif dans l’orientation qu’il donnera, par la suite, à ses œuvres.

 

Ses œuvres ont rapidement commencé à circuler dans les espaces artistiques de la région, comme la Biennale de Peinture de la Caraïbes et de l’Amérique centrale de Saint-Domingue, République dominicaine, en 1992. Plus tard, sa présence à l’exposition collective Un autre pays : escales africaines a été une étape importante dans sa carrière. Inspiré de la politique de tri-continentalité soutenue par le gouvernement des Îles Canaries (Espagne), le projet a réuni des artistes de la Caraïbe et de l’Afrique, avec un regard décolonisateur. Ce fut la première exposition internationale d’importance pour le jeune artiste. Sa participation à cet évènement, enrichissante, lui a permis de toute évidence, de confronter ses idées et ses expériences avec celles d’autres créateurs, ayant des préoccupations et des intérêts linguistiques et conceptuels similaires.

 

 

DÉMARCHE ARTISTIQUE

 

 

La globalité de l’œuvre de Bruno Pédurand correspond à cette recherche approfondie sur l’identité et l’histoire de son pays natal, la Guadeloupe et aussi sur toute la Caraïbe. On doit également l’interpréter comme le résultat des réactions de l’art, quant aux processus de la colonisation et de leurs conséquences sur les sociétés caribéennes, en particulier sur celles des Antilles françaises.

 

Avec une poétique aux racines pluridisciplinaires, il ne rejette pas les ressources, les manifestations, les pratiques et la méthodologie qui sont à la portée des artistes aujourd’hui, pour formuler leurs idées. C’est ainsi que, bien qu’à ses débuts dans la peinture il ait eu comme base des images incarnées dans les grands tableaux, bien vite émerge de ses préoccupations une volonté « installative » qui va bien au-delà du champ bidimensionnel. Cette inclination n’aura pas de limites et au fil du temps, elle rendra son expression beaucoup plus complexe, avec l’inclusion du collage, de la vidéo, ainsi que d’installations son et lumière.

 

Dans ses premières œuvres, Pédurand active des procédés archéologiques pour l’art, quand il s’agit de repenser le présent et de déconstruire des origines qui voyagent à travers le temps et renvoient non seulement à l’empreinte africaine ou européenne, mais aussi aux peuples originaires de la région, comme les Arawaks. Cette procédure rappelle ces vers d’Aimé Césaire dans Calendrier Lagunaire (poème liminaire du recueil Moi Laminaire, 1982 [1991]) : « J’habite une blessure sacrée, j’habite des ancêtres imaginaires […] j’habite un voyage de mille ans ». En dévoilant des signes et des symboles de ces cultures-ci et d’autres, l’artiste essaie de reconstruire une mémoire perdue, comme une étape indispensable pour comprendre les processus historiques qui ont eu lieu à la lumière des intersections transocéaniques, des entrecroisements et métissages culturels qui font de la Caraïbe un creuset de peuples, de patrimoines et de traditions.

 

Mais il n’en restera pas là. Un autre aspect important de sa création aura un ancrage dans les maux, les conflits et les dilemmes qui affectent sa société. Cela a à voir avec l’activation du sens critique de l’art et est très clair quand il déclare que « Dans [sa] démarche, la mise en avant de la fonction sociale de l’art et de l’artiste est essentielle. La genèse et la jeunesse de nos sociétés déterminent nos existences et notre relation au monde, nul n’est sorti indemne de cette histoire, ni le maître, ni l’esclave. Le huis clos de l’habitation a été le théâtre d’un véritable choc des cultures et la mise en œuvre d’une terrible entreprise de réification qu’il convient d’analyser avec une extrême lucidité et une véritable distance critique. » De ce point de vue, il accordera une attention spéciale aux images tirées des médias, en particulier de la télévision, avec ses séquences spectaculaires, qui perturbent la relation de l’être humain avec la réalité.

 

En conclusion, le vaste domaine de sa production transmet des émotions et des sentiments et, en même temps, valorise les potentialités de l’art en tant que source de connaissance.